RĂ©sumĂ© des Ă©pisodes prĂ©cĂ©dents : Alors mĂȘme que le sujet de cette enquĂȘte semblait bien circonscrit â lâiconoclasme, le vandalisme et, plus gĂ©nĂ©ralement, cet usage politique particulier des Ćuvres dâart qui consiste Ă les dĂ©molir â, un virage semble sâopĂ©rer. Lâartiste narrateur nâest-il finalement pas en train de nous raconter sa vie, obsĂ©dĂ© quâil est par les Ă©carts quâil constate sans cesse entre les mots et les choses, lâidĂ©al et son quotidien, le rĂ©el et tous les doubles quâon invente pour y faire face ? La statue est-elle bien boulonnĂ©e sur son socle de marbre ? Ou bedon va-t-on rĂ©aliser quâelle nâĂ©tait quâune allĂ©gorie, voire pire, une mĂ©taphore ? Mais dĂšs lors une autre question se pose : une mĂ©taphore de quoi ?
5. Le paysage est politique
Il est quand mĂȘme Ă©tonnant, ce terme de « dĂ©boulonnage ». Une statue nâest pas « boulonnĂ©e » Ă proprement parler, ou alors Ă la marge, pour empĂȘcher les vols. Le terme se donne comme professionnel â « je suis du mĂ©tier, je connais mon affaire » â, mais ne renvoie pourtant Ă rien de la technique du sculpteur, du moins pas Ă celle du siĂšcle des statues, le XIXe, oĂč la noblesse de lâart repose sur le modelage de lâargile et la taille de la pierre. La rĂ©fĂ©rence au boulonnage apparaĂźt pĂ©jorative. Elle renvoie Ă la structure interne de la reproduction en bronze, Ă lâassemblage et au moulage, Ă la petite cuisine. En convoquant la notion de dĂ©boulonnage, on insiste sur le cĂŽtĂ© tas de ferraille de la chose. On cherche Ă dĂ©-totĂ©miser le monument sur le terrain du langage avant de le bousiller pour de vrai. Mais ce qui est sans doute encore plus bizarre, câest que ce terme technique dont on comprend aisĂ©ment le sens, on en repĂšre mal lâusage en dehors dâune discussion sur lâiconoclasme et le vandalisme. On ne lâutilise quâĂ propos des statues. On ne « dĂ©boulonne » pas un pont, ni un stade, mais on dĂ©boulonne les statues. Il nây a pas vraiment dâusage du mot dans un contexte en amont de celui de l'iconoclasme, la mĂ©taphore est sans origine. En revanche, le terme de dĂ©boulonnage a subi un autre glissement sĂ©mantique. On lâemploie dĂ©sormais pour parler des changements de rĂ©gimes et du dĂ©gagisme des figures bien rĂ©elles, câest-Ă -dire de chair et dâos et dâautoritĂ©.

Si le mot apparaĂźt une premiĂšre fois dans le Dictionnaire LittrĂ© en 1863, câest le peintre Gustave Courbet qui va lui donner sa notoriĂ©tĂ©. Dans La disgrĂące des statues
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Bertrand Tillier, La disgrùce des statues. Essai sur les conflits de mémoire, de la Révolution française à Black Lives Matter, Paris, Payot & Rivage, 2022.
, lâhistorien Bertrand Tillier cite le caricaturiste AndrĂ© Gill qui raconte comment la notion de dĂ©boulonnage habitait le peintre : « [ça] lui Ă©tait tombĂ© dans la cervelle, y faisant du ravage et y causant une obsession, comme le bourdonnement dâun hanneton dans une cruche
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AndrĂ© Gill, Vingt annĂ©es de Paris [1883], repris dans MĂ©moires et correspondance dâun caricaturiste, Ă©dition Ă©tablie par Bertrand Tillier, Seyssel, Champ Vallon, 2006, p. 312.
 ». Une illustration parue en une du journal communard Le Fils du PÚre DuchÚne, le 14 mai 1871
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Fils_du_P%C3%A8re_Duch%C3%AAne_illustr%C3%A9#/media/Fichier:PereDuchesneIllustre7_1_0.png
, tĂ©moigne avec malice de cette monomanie. On y voit « Le citoyen Courbet » en train de « foutre en bas toutes les colonnes de Paris », câest-Ă -dire en train de faire basculer une colonne « moresque » â ces pissotiĂšres publiques (rĂ©servĂ©es aux hommes, il va sans dire), supports d'affiches Ă l'extĂ©rieur et urinoirs Ă l'intĂ©rieur â dont sort un bourgeois offusquĂ© qui se rhabille le paquet. On comprend ici comment a pu fonctionner le glissement mĂ©taphorique, le volontarisme sĂ©mantique dont il relĂšve et le caractĂšre performatif qui en dĂ©coule. Dans cette histoire, le mot prĂ©cĂšde la chose. Courbet tombe dessus, ça lâinspire et ça lâexcite, alors il se met Ă chercher activement quelque chose Ă dĂ©boulonner, quelque chose qui en vaille la peine. Quand on tient un bon titre, on sait que lâĆuvre sâen vient.
Câest peu avant le surgissement de la Commune, lors de l'avĂšnement de la IIIe RĂ©publique en 1870, que Courbet, en tant que « PrĂ©sident de la commission artistique prĂ©posĂ©e Ă la conservation des musĂ©es nationaux et objets dâart » trouve enfin lâoccasion de son dĂ©boulonnement : « Attendu que la colonne VendĂŽme est un monument dĂ©nuĂ© de toute valeur artistique, tendant Ă perpĂ©tuer par son expression les idĂ©es de guerre et de conquĂȘte [...] que le gouvernement de la DĂ©fense nationale veuille bien lâautoriser Ă dĂ©boulonner cette colonne, ou quâil veuille bien lui-mĂȘme en prendre lâinitiative. » La colonne en question est un monument Ă©rigĂ© Ă sa propre gloire par NapolĂ©on en 1806. Elle mesure 44 mĂštres de haut et 3,60 mĂštres de diamĂštre. Ă son sommet plastronne une effigie de Bonaparte en personne, en bronze et en empereur romain, sandales et lauriers compris. Ă la place de la colonne, Courbet souhaitait quâon Ă©rige une Ćuvre symbole des peuples enfin rĂ©conciliĂ©s, comme il lâexprime dans une lettre publique adressĂ©e Ă lâarmĂ©e allemande alors en guerre contre la France :
Laissez-nous vos canons Krupp, nous les fonderons avec les nĂŽtres ensemble ; le dernier canon, gueule en lâair, coiffĂ© dâun bonnet phrygien, plantĂ© sur un piĂ©destal acculĂ© sur trois boulets, et ce monument [...] sera notre colonne, la colonne des peuples, la colonne de lâAllemagne et de la France Ă jamais fĂ©dĂ©rĂ©es.
Le rĂŽle de Courbet dans la motivation du dĂ©boulonnage est donc indĂ©niable, mais il nâĂ©tait pas aux commandes quand fut dĂ©cidĂ© lâabattage proprement dit ; il s'y opposait mĂȘme plutĂŽt, car il prĂ©fĂ©rait le dĂ©montage Ă la destruction. Mais on sait comment la bourgeoisie dĂ©teste le grouillement des nĂ©buleuses politiques. Il lui faut du leader, il lui faut de lâexemple. Sâappuyer sur la notoriĂ©tĂ© du peintre de LâOrigine du monde permettait dâen faire un symbole, aubaine dont la rĂ©action nâallait pas se priver. Sâil Ă©chappe aux massacres de la Semaine sanglante, Courbet est tout de mĂȘme emprisonnĂ© puis condamnĂ© Ă financer la reconstruction de la colonne. Pour Ă©chapper Ă cette dette faramineuse, il sâexile en Suisse oĂč il meurt quelques annĂ©es plus tard, la veille du jour fixĂ© pour le paiement de sa premiĂšre annuitĂ©.

DĂšs lors que lâon parle de lâabattage de la colonne VendĂŽme, on parle automatiquement de Courbet, et voilĂ que moi aussi jâalimente ce lieu commun. Mais cela ne devrait pas aller de soi. La thĂ©oricienne Kristin Ross
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Kristin Ross, « Le passé est imprévisible », Ballast, 3 novembre 2020, en ligne, https://www.revue-ballast.fr/kristin-ross-le-passe-est-imprevisible/.
critique cette attribution systĂ©matique lorsquâon Ă©voque le rĂŽle des artistes dans le soulĂšvement communard, et plus gĂ©nĂ©ralement le fait que lâon cherche toujours des hĂ©ros dans lâHistoire, spĂ©cialement quand il sâagit de raconter un Ă©vĂ©nement comme celui de la Commune de Paris qui rejetait la figure du grand homme et lui opposait les vertus de lâaction collective. Et câest vrai quâil y a une ironie si on pense que la colonne fut abattue prĂ©cisĂ©ment pour matĂ©rialiser le rejet de lâextrĂȘme personnification du pouvoir du rĂ©gime bonapartiste. Ă cette Ă©rection furieusement verticale, on nâallait pas tarder Ă imposer une radicale et littĂ©rale horizontalitĂ©. HĂŽ-hisse et vlan ! Dans le tas de fumier la colonne ! Pour accueillir la chute de lâengin, tractĂ© au sol par un audacieux jeu de cabestan, on avait en effet disposĂ© un lit de fumier, de sable et de fagots. La mise en scĂšne est baroque â voire puante â mais efficace et elle ravit les quelque 20 000 personnes qui se sont rassemblĂ©es pour y assister ce 16 mai 1871. Le pamphlĂ©taire Maxime Vuillaume en tire une chanson : « Peuple, apprends par cette histoire / Ă ne plus porter sur ton dos / ces Jean-foutre de hĂ©ros / qui te causent tant de dĂ©boires [...] Et voilĂ comment en tirant / on abat tous les tyrans ».
Si je souscris Ă lâĂ©loquent refus de la personnification Ă©noncĂ© par Ross et Vuillaume, pourquoi remettre du grand homme dans mon histoire ? Câest que la figure de Courbet me permet dây introduire le triste retour de la colonne en Ă©pilogue. Jâaurais pu mâarrĂȘter Ă lâabattage. En soi, lâhistoire est dĂ©jĂ sublime et complĂšte. Comme lâĂ©crit en 1880 le gĂ©ographe anarchiste ĂlisĂ©e Reclus : « il nâest pas, en ce siĂšcle, signe des temps qui ait une signification plus imposante que le renversement de la colonne impĂ©riale sur sa couche de fumier
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ĂlisĂ©e Reclus, Ăvolution et rĂ©volution, Paris, Le Passager clandestin, 2008 [1891], p. 268.
. » Et il convient, comme le suggĂšre lâhistorienne Ludivine Bantigny, de « comprendre [ce] geste de lâintĂ©rieur, lâĂ©voquer comme si vous veniez de [le] faire
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Ludivine Bantigny, La Commune au présent. Une correspondance par-delà le temps, Paris, La Découverte, 2021, p. 190.
 ». Dans son trĂšs beau livre, La Commune au prĂ©sent, lâhistorienne adresse une sĂ©rie de lettres amicales et bouleversantes aux rĂ©volutionnaires de 1871 et cet anachronisme est une invitation tactique. Elle conteste la relative pacification qui accompagne les gestes Ă©mancipateurs dĂšs lors quâils se voient commĂ©morĂ©s par ceux-lĂ mĂȘmes qui les auraient combattus. Ne relĂ©guons pas la puissance de ce fracas radical dans « un temps mort, un passĂ© ossifiĂ©
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Ibid., p. 190.
. » Il faut en prĂ©server le principe actif, comme on le dit dâune mĂ©decine. Lâactualiser, la tenir proche, non comme un talisman fĂ©tiche mais comme le surgissement dâune nĂ©cessitĂ©. JâadhĂšre Ă la mĂ©thode. Il faut choisir le plongeon, laver nos yeux encombrĂ©s de pittoresque et lire la Commune dans ce qui nous la rend contemporaine : lâurgence dâexiger une vie juste et digne dans un monde dĂ©sespĂ©rant ; la passion de lâĂ©galitĂ© contre la naturalisation institutionnelle des formes de domination. Seulement voilĂ . De mĂȘme que notre position historique nous condamne Ă connaĂźtre la rĂ©pression sauvage de ce soulĂšvement dâespĂ©rance, lâhistoire de lâabattage de la colonne nâest complĂšte Ă nos yeux quâen y intĂ©grant celle de sa reconstruction Ă partir de 1873. Et nous voilĂ encore une fois pris·es dans une tension dialectique. On doit chercher de quel Ă©lan radical la puissance de lâespoir nous rendrait capable aujourdâhui â Quel monument serions-nous game dâabattre ? Quel symbole sommes-nous prĂȘt·es Ă dĂ©truire ? Ă quel basculement sommes-nous prĂȘt·es Ă consentir pour bĂątir un monde plus juste ? â tout en connaissant le revers historique des Ă©lans rĂ©volutionnaires, leur Ă©radication sanglante et le backlash mesquin et revanchard des puissances conjuguĂ©es de lâĂtat et du Capital.

Comme souvent, quand je suis pris dans les termes dâune alternative infernale, je cherche Ă la matĂ©rialiser. Jâessaye dâinventer un dispositif qui me permette dâen tenir ensemble les pĂŽles sans chercher Ă les neutraliser afin de maintenir fĂ©conde cette tension dans un objet qui pense et donne Ă penser. En lâoccurrence je voulais rĂ©aliser un genre de monument aux morts oĂč ne sâendormirait pas la joie du bal ; un casse-pipe pop pour entretenir le souvenir intempestif et fraternel dâun hĂ©ritage rĂ©volutionnaire dont lâactualitĂ© m'apparaĂźt toujours criante. Jâai imaginĂ© une sculpture inspirĂ©e de ces jouets quâon appelle marionnettes Ă effondrement oĂč une petite figurine est articulĂ©e par des Ă©lastiques attachĂ©s Ă un ressort dissimulĂ© dans sa base. Lorsqu'on appuie sur ce bouton, on comprime le ressort qui relĂąche la tension des Ă©lastiques et la figurine s'effondre. La pression relĂąchĂ©e, le ressort se dĂ©tend et la figurine se relĂšve, comme animĂ©e dâun mouvement propre. Ă travers ce dispositif simple et bien connu, jâai entraperçu la possibilitĂ© de condenser lâhistoire du dĂ©boulonnage de la colonne VendĂŽme. Remplaçons la petite figurine par une reprĂ©sentation de la colonne. Pour provoquer lâeffondrement, il faut quâil y ait poussĂ©e (rĂ©volutionnaire), mais si on relĂąche la pression, la colonne remonte sur ses gonds. Câest comme une sculpture-fable qui vient avec sa petite morale en forme dâavertissement proverbial : quand la rĂ©volution relĂąche la pression, toujours la rĂ©action resserre les boulons.
En dessinant les plans de lâobjet, je me suis rendu compte quâil fallait lâenvisager Ă plus grande Ă©chelle que le jouet classique dont il sâinspire. Passer de la figurine Ă la figure, de lâĂ©chelle du jouet Ă celle de la sculpture sur socle. Ce changement en a amenĂ© dâautres. Ainsi le simple bouton pression nâallait pas suffire Ă dĂ©multiplier le mouvement et je lâai remplacĂ© par une pĂ©dale Ă la base du socle. Je me suis alors rendu compte que mes compĂ©tences en matiĂšre mĂ©canique ne me permettaient pas dâaller plus loin et je me suis encore une fois tournĂ© vers mon ami Louis qui â tel Q dans James Bond ou Alfred, la conscience morale de lâinfĂąme Batman â est en passe de devenir un personnage rĂ©current de ce feuilleton. Nous Ă©tions attablĂ©s dans un cafĂ©, entourĂ© de jeunes gens concentrĂ©s sur leurs laptops quand nous avons pris conscience de la situation : deux hommes blancs aux cheveux blancs qui dessinent avec le sĂ©rieux dâenfants jouant aux blocs Lego des croquis de colonnes plus ou moins effondrĂ©es, ce qui ressemble quand mĂȘme beaucoup Ă des bites plus ou moins bandĂ©es. Nous nous sommes alors convaincus de toujours ajouter sur nos dessins le garde-corps (autour du gland sommital) et une figure de petit caporal (au bout de l'urĂštre), pour masquer (un peu) les apparences. Mais le mal Ă©tait fait, comme le disait Yves Desautels. Quand on a vu, on ne peut pas dĂ©voir. Cette premiĂšre prise de conscience fut suivie dâune autre, dans lâatelier dâimpression 3D, Ă la dĂ©couverte du prototype de maquette de la colonne. Ă cette Ă©chelle et dans ce matĂ©riau, il fallait se rendre Ă lâĂ©vidence : lâĂ©lĂ©ment principal de la sculpture que jâĂ©tais en train de concevoir Ă©tait bel et bien une sorte de dildo XXL. Depuis cet embarrassant constat, je continue de dĂ©velopper mon prototype de colonne articulĂ©e, en travaillant notamment le cĂŽtĂ© théùtral de lâeffondrement. Mais cette recherche est un chemin de croix. Je gosse ma colonne sous les quolibets gouailleurs des collĂšgues dâatelier et les sarcasmes beaucoup moins indulgents du surmoi intraitable qui mâĂ©paule et pĂ©rore sans rĂ©pit.
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Jâai quelque peu hĂ©sitĂ© avant dâinclure cette rĂ©flexion dans mon feuilleton, mais jâaime les Ćuvres qui ne font pas lâimpasse sur les accidents qui surviennent au fil de leur production et amĂšnent la vie dans lâart. La vie invente de meilleures histoires que nous. Il faut savoir les accueillir, accepter les bifurcations quâelles proposent. Je ne rejette pas lâĂ©vocation sexuelle dans mon travail dâartiste, mais jâai cette rĂ©serve un peu vieux jeu de la prĂ©fĂ©rer dans lâimplicite. Le sexe est une bordure, un halo qui se confond avec les autres forces du dĂ©sir. Dâautres artistes que moi nĂ©gocient trĂšs bien la sortie de lâimplicite et je nâai rien contre la littĂ©ralitĂ© ni lâobscĂ©nitĂ© chez les autres, voire jâadmire leur audace et leur inventivitĂ©. Mais chez moi, câest plus compliquĂ©. La pudeur mâoblige. Je suis un peu coincĂ©. Dans lâhistoire qui nous occupe, le caractĂšre phallique de la colonne ne m'avait bien sĂ»r pas Ă©chappĂ© mais je pensais que je pouvais laisser lâimagerie graveleuse de lâĂ©rection en arriĂšre-plan pour me concentrer sur la fiĂšvre du soulĂšvement et le reflux rĂ©actionnaire de sa restauration. Ă mes yeux, la question principale restait dâopposer le vandalisme Ă©mancipateur des Communards Ă celui pervers et dissimulĂ© des Versaillais qui reboulonnĂšrent le dĂ©boulonnage. Or, voilĂ que le boomerang rĂ©vĂ©lait son double tranchant. De quel obscur refoulement cet acte manquĂ© Ă©tait-il le nom ? Ă lâheure du facho triomphe des affreux mascus, quel immonde petit dĂ©mon sâĂ©chinait Ă dĂ©zinguer la vertu de mes belles intentions ?Â
(Ă suivre)






