UN PEUPLE DE STATUES – 5. LE PAYSAGE EST POLITIQUE

2026-02-21A

RĂ©sumĂ© des Ă©pisodes prĂ©cĂ©dents : Alors mĂȘme que le sujet de cette enquĂȘte semblait bien circonscrit – l’iconoclasme, le vandalisme et, plus gĂ©nĂ©ralement, cet usage politique particulier des Ɠuvres d’art qui consiste Ă  les dĂ©molir –, un virage semble s’opĂ©rer. L’artiste narrateur n’est-il finalement pas en train de nous raconter sa vie, obsĂ©dĂ© qu’il est par les Ă©carts qu’il constate sans cesse entre les mots et les choses, l’idĂ©al et son quotidien, le rĂ©el et tous les doubles qu’on invente pour y faire face ? La statue est-elle bien boulonnĂ©e sur son socle de marbre ? Ou bedon va-t-on rĂ©aliser qu’elle n’était qu’une allĂ©gorie, voire pire, une mĂ©taphore ? Mais dĂšs lors une autre question se pose : une mĂ©taphore de quoi ?

5. Le paysage est politique

Il est quand mĂȘme Ă©tonnant, ce terme de « dĂ©boulonnage ». Une statue n’est pas « boulonnĂ©e » Ă  proprement parler, ou alors Ă  la marge, pour empĂȘcher les vols. Le terme se donne comme professionnel – « je suis du mĂ©tier, je connais mon affaire » –, mais ne renvoie pourtant Ă  rien de la technique du sculpteur, du moins pas Ă  celle du siĂšcle des statues, le XIXe, oĂč la noblesse de l’art repose sur le modelage de l’argile et la taille de la pierre. La rĂ©fĂ©rence au boulonnage apparaĂźt pĂ©jorative. Elle renvoie Ă  la structure interne de la reproduction en bronze, Ă  l’assemblage et au moulage, Ă  la petite cuisine. En convoquant la notion de dĂ©boulonnage, on insiste sur le cĂŽtĂ© tas de ferraille de la chose. On cherche Ă  dĂ©-totĂ©miser le monument sur le terrain du langage avant de le bousiller pour de vrai. Mais ce qui est sans doute encore plus bizarre, c’est que ce terme technique dont on comprend aisĂ©ment le sens, on en repĂšre mal l’usage en dehors d’une discussion sur l’iconoclasme et le vandalisme. On ne l’utilise qu’à propos des statues. On ne « dĂ©boulonne » pas un pont, ni un stade, mais on dĂ©boulonne les statues. Il n’y a pas vraiment d’usage du mot dans un contexte en amont de celui de l'iconoclasme, la mĂ©taphore est sans origine. En revanche, le terme de dĂ©boulonnage a subi un autre glissement sĂ©mantique. On l’emploie dĂ©sormais pour parler des changements de rĂ©gimes et du dĂ©gagisme des figures bien rĂ©elles, c’est-Ă -dire de chair et d’os et d’autoritĂ©.

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Si le mot apparaĂźt une premiĂšre fois dans le Dictionnaire LittrĂ© en 1863, c’est le peintre Gustave Courbet qui va lui donner sa notoriĂ©tĂ©. Dans La disgrĂące des statues /01 /01
Bertrand Tillier, La disgrùce des statues. Essai sur les conflits de mémoire, de la Révolution française à Black Lives Matter, Paris, Payot & Rivage, 2022.
, l’historien Bertrand Tillier cite le caricaturiste AndrĂ© Gill qui raconte comment la notion de dĂ©boulonnage habitait le peintre : « [ça] lui Ă©tait tombĂ© dans la cervelle, y faisant du ravage et y causant une obsession, comme le bourdonnement d’un hanneton dans une cruche /02 /02
AndrĂ© Gill, Vingt annĂ©es de Paris [1883], repris dans MĂ©moires et correspondance d’un caricaturiste, Ă©dition Ă©tablie par Bertrand Tillier, Seyssel, Champ Vallon, 2006, p. 312.
 ». Une illustration parue en une du journal communard Le Fils du PÚre DuchÚne, le 14 mai 1871 /03 /03
https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Fils_du_P%C3%A8re_Duch%C3%AAne_illustr%C3%A9#/media/Fichier:PereDuchesneIllustre7_1_0.png
, tĂ©moigne avec malice de cette monomanie. On y voit « Le citoyen Courbet » en train de « foutre en bas toutes les colonnes de Paris », c’est-Ă -dire en train de faire basculer une colonne « moresque » – ces pissotiĂšres publiques (rĂ©servĂ©es aux hommes, il va sans dire), supports d'affiches Ă  l'extĂ©rieur et urinoirs Ă  l'intĂ©rieur – dont sort un bourgeois offusquĂ© qui se rhabille le paquet. On comprend ici comment a pu fonctionner le glissement mĂ©taphorique, le volontarisme sĂ©mantique dont il relĂšve et le caractĂšre performatif qui en dĂ©coule. Dans cette histoire, le mot prĂ©cĂšde la chose. Courbet tombe dessus, ça l’inspire et ça l’excite, alors il se met Ă  chercher activement quelque chose Ă  dĂ©boulonner, quelque chose qui en vaille la peine. Quand on tient un bon titre, on sait que l’Ɠuvre s’en vient.

C’est peu avant le surgissement de la Commune, lors de l'avĂšnement de la IIIe RĂ©publique en 1870, que Courbet, en tant que « PrĂ©sident de la commission artistique prĂ©posĂ©e Ă  la conservation des musĂ©es nationaux et objets d’art » trouve enfin l’occasion de son dĂ©boulonnement : « Attendu que la colonne VendĂŽme est un monument dĂ©nuĂ© de toute valeur artistique, tendant Ă  perpĂ©tuer par son expression les idĂ©es de guerre et de conquĂȘte [...] que le gouvernement de la DĂ©fense nationale veuille bien l’autoriser Ă  dĂ©boulonner cette colonne, ou qu’il veuille bien lui-mĂȘme en prendre l’initiative. »  La colonne en question est un monument Ă©rigĂ© Ă  sa propre gloire par NapolĂ©on en 1806. Elle mesure 44 mĂštres de haut et 3,60 mĂštres de diamĂštre. À son sommet plastronne une effigie de Bonaparte en personne, en bronze et en empereur romain, sandales et lauriers compris. À la place de la colonne, Courbet souhaitait qu’on Ă©rige une Ɠuvre symbole des peuples enfin rĂ©conciliĂ©s, comme il l’exprime dans une lettre publique adressĂ©e Ă  l’armĂ©e allemande alors en guerre contre la France :

Laissez-nous vos canons Krupp, nous les fonderons avec les nĂŽtres ensemble ; le dernier canon, gueule en l’air, coiffĂ© d’un bonnet phrygien, plantĂ© sur un piĂ©destal acculĂ© sur trois boulets, et ce monument [...] sera notre colonne, la colonne des peuples, la colonne de l’Allemagne et de la France Ă  jamais fĂ©dĂ©rĂ©es.

Le rĂŽle de Courbet dans la motivation du dĂ©boulonnage est donc indĂ©niable, mais il n’était pas aux commandes quand fut dĂ©cidĂ© l’abattage proprement dit ; il s'y opposait mĂȘme plutĂŽt, car il prĂ©fĂ©rait le dĂ©montage Ă  la destruction. Mais on sait comment la bourgeoisie dĂ©teste le grouillement des nĂ©buleuses politiques. Il lui faut du leader, il lui faut de l’exemple. S’appuyer sur la notoriĂ©tĂ© du peintre de L’Origine du monde permettait d’en faire un symbole, aubaine dont la rĂ©action n’allait pas se priver. S’il Ă©chappe aux massacres de la Semaine sanglante, Courbet est tout de mĂȘme emprisonnĂ© puis condamnĂ© Ă  financer la reconstruction de la colonne. Pour Ă©chapper Ă  cette dette faramineuse, il s’exile en Suisse oĂč il meurt quelques annĂ©es plus tard, la veille du jour fixĂ© pour le paiement de sa premiĂšre annuitĂ©.

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DĂšs lors que l’on parle de l’abattage de la colonne VendĂŽme, on parle automatiquement de Courbet, et voilĂ  que moi aussi j’alimente ce lieu commun. Mais cela ne devrait pas aller de soi. La thĂ©oricienne Kristin Ross /04 /04
Kristin Ross, « Le passé est imprévisible », Ballast, 3 novembre 2020, en ligne, https://www.revue-ballast.fr/kristin-ross-le-passe-est-imprevisible/.
critique cette attribution systĂ©matique lorsqu’on Ă©voque le rĂŽle des artistes dans le soulĂšvement communard, et plus gĂ©nĂ©ralement le fait que l’on cherche toujours des hĂ©ros dans l’Histoire, spĂ©cialement quand il s’agit de raconter un Ă©vĂ©nement comme celui de la Commune de Paris qui rejetait la figure du grand homme et lui opposait les vertus de l’action collective. Et c’est vrai qu’il y a une ironie si on pense que la colonne fut abattue prĂ©cisĂ©ment pour matĂ©rialiser le rejet de l’extrĂȘme personnification du pouvoir du rĂ©gime bonapartiste. À cette Ă©rection furieusement verticale, on n’allait pas tarder Ă  imposer une radicale et littĂ©rale horizontalitĂ©. HĂŽ-hisse et vlan ! Dans le tas de fumier la colonne !  Pour accueillir la chute de l’engin, tractĂ© au sol par un audacieux jeu de cabestan, on avait en effet disposĂ© un lit de fumier, de sable et de fagots. La mise en scĂšne est baroque – voire puante – mais efficace et elle ravit les quelque 20 000 personnes qui se sont rassemblĂ©es pour y assister ce 16 mai 1871. Le pamphlĂ©taire Maxime Vuillaume en tire une chanson : « Peuple, apprends par cette histoire / Ă  ne plus porter sur ton dos / ces Jean-foutre de hĂ©ros / qui te causent tant de dĂ©boires [...] Et voilĂ  comment en tirant / on abat tous les tyrans ».

Si je souscris Ă  l’éloquent refus de la personnification Ă©noncĂ© par Ross et Vuillaume, pourquoi remettre du grand homme dans mon histoire ? C’est que la figure de Courbet me permet d’y introduire le triste retour de la colonne en Ă©pilogue. J’aurais pu m’arrĂȘter Ă  l’abattage. En soi, l’histoire est dĂ©jĂ  sublime et complĂšte. Comme l’écrit en 1880 le gĂ©ographe anarchiste ÉlisĂ©e Reclus : « il n’est pas, en ce siĂšcle, signe des temps qui ait une signification plus imposante que le renversement de la colonne impĂ©riale sur sa couche de fumier /05 /05
ÉlisĂ©e Reclus, Évolution et rĂ©volution, Paris, Le Passager clandestin, 2008 [1891], p. 268.
. » Et il convient, comme le suggĂšre l’historienne Ludivine Bantigny, de « comprendre [ce] geste de l’intĂ©rieur, l’évoquer comme si vous veniez de [le] faire /06 /06
Ludivine Bantigny, La Commune au présent. Une correspondance par-delà le temps, Paris, La Découverte, 2021, p. 190.
 ». Dans son trĂšs beau livre, La Commune au prĂ©sent, l’historienne adresse une sĂ©rie de lettres amicales et bouleversantes aux rĂ©volutionnaires de 1871 et cet anachronisme est une invitation tactique. Elle conteste la relative pacification qui accompagne les gestes Ă©mancipateurs dĂšs lors qu’ils se voient commĂ©morĂ©s par ceux-lĂ  mĂȘmes qui les auraient combattus. Ne relĂ©guons pas la puissance de ce fracas radical dans « un temps mort, un passĂ© ossifiĂ© /07 /07
Ibid., p. 190.
. » Il faut en prĂ©server le principe actif, comme on le dit d’une mĂ©decine. L’actualiser, la tenir proche, non comme un talisman fĂ©tiche mais comme le surgissement d’une nĂ©cessitĂ©. J’adhĂšre Ă  la mĂ©thode. Il faut choisir le plongeon, laver nos yeux encombrĂ©s de pittoresque et lire la Commune dans ce qui nous la rend contemporaine : l’urgence d’exiger une vie juste et digne dans un monde dĂ©sespĂ©rant ; la passion de l’égalitĂ© contre la naturalisation institutionnelle des formes de domination. Seulement voilĂ . De mĂȘme que notre position historique nous condamne Ă  connaĂźtre la rĂ©pression sauvage de ce soulĂšvement d’espĂ©rance, l’histoire de l’abattage de la colonne n’est complĂšte Ă  nos yeux qu’en y intĂ©grant celle de sa reconstruction Ă  partir de 1873. Et nous voilĂ  encore une fois pris·es dans une tension dialectique. On doit chercher de quel Ă©lan radical la puissance de l’espoir nous rendrait capable aujourd’hui – Quel monument serions-nous game d’abattre ? Quel symbole sommes-nous prĂȘt·es Ă  dĂ©truire ? À quel basculement sommes-nous prĂȘt·es Ă  consentir pour bĂątir un monde plus juste ? – tout en connaissant le revers historique des Ă©lans rĂ©volutionnaires, leur Ă©radication sanglante et le backlash mesquin et revanchard des puissances conjuguĂ©es de l’État et du Capital.

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Comme souvent, quand je suis pris dans les termes d’une alternative infernale, je cherche Ă  la matĂ©rialiser. J’essaye d’inventer un dispositif qui me permette d’en tenir ensemble les pĂŽles sans chercher Ă  les neutraliser afin de maintenir fĂ©conde cette tension dans un objet qui pense et donne Ă  penser. En l’occurrence je voulais rĂ©aliser un genre de monument aux morts oĂč ne s’endormirait pas la joie du bal ; un casse-pipe pop pour entretenir le souvenir intempestif et fraternel d’un hĂ©ritage rĂ©volutionnaire dont l’actualitĂ© m'apparaĂźt toujours criante. J’ai imaginĂ© une sculpture inspirĂ©e de ces jouets qu’on appelle marionnettes Ă  effondrement oĂč une petite figurine est articulĂ©e par des Ă©lastiques attachĂ©s Ă  un ressort dissimulĂ© dans sa base. Lorsqu'on appuie sur ce bouton, on comprime le ressort qui relĂąche la tension des Ă©lastiques et la figurine s'effondre. La pression relĂąchĂ©e, le ressort se dĂ©tend et la figurine se relĂšve, comme animĂ©e d’un mouvement propre. À travers ce dispositif simple et bien connu, j’ai entraperçu la possibilitĂ© de condenser l’histoire du dĂ©boulonnage de la colonne VendĂŽme. Remplaçons la petite figurine par une reprĂ©sentation de la colonne. Pour provoquer l’effondrement, il faut qu’il y ait poussĂ©e (rĂ©volutionnaire), mais si on relĂąche la pression, la colonne remonte sur ses gonds. C’est comme une sculpture-fable qui vient avec sa petite morale en forme d’avertissement proverbial : quand la rĂ©volution relĂąche la pression, toujours la rĂ©action resserre les boulons.

En dessinant les plans de l’objet, je me suis rendu compte qu’il fallait l’envisager Ă  plus grande Ă©chelle que le jouet classique dont il s’inspire. Passer de la figurine Ă  la figure, de l’échelle du jouet Ă  celle de la sculpture sur socle. Ce changement en a amenĂ© d’autres. Ainsi le simple bouton pression n’allait pas suffire Ă  dĂ©multiplier le mouvement et je l’ai remplacĂ© par une pĂ©dale Ă  la base du socle. Je me suis alors rendu compte que mes compĂ©tences en matiĂšre mĂ©canique ne me permettaient pas d’aller plus loin et je me suis encore une fois tournĂ© vers mon ami Louis qui – tel Q dans James Bond ou Alfred, la conscience morale de l’infĂąme Batman – est en passe de devenir un personnage rĂ©current de ce feuilleton. Nous Ă©tions attablĂ©s dans un cafĂ©, entourĂ© de jeunes gens concentrĂ©s sur leurs laptops quand nous avons pris conscience de la situation : deux hommes blancs aux cheveux blancs qui dessinent avec le sĂ©rieux d’enfants jouant aux blocs Lego des croquis de colonnes plus ou moins effondrĂ©es, ce qui ressemble quand mĂȘme beaucoup Ă  des bites plus ou moins bandĂ©es. Nous nous sommes alors convaincus de toujours ajouter sur nos dessins le garde-corps (autour du gland sommital) et une figure de petit caporal (au bout de l'urĂštre), pour masquer (un peu) les apparences. Mais le mal Ă©tait fait, comme le disait Yves Desautels. Quand on a vu, on ne peut pas dĂ©voir. Cette premiĂšre prise de conscience fut suivie d’une autre, dans l’atelier d’impression 3D, Ă  la dĂ©couverte du prototype de maquette de la colonne. À cette Ă©chelle et dans ce matĂ©riau, il fallait se rendre Ă  l’évidence : l’élĂ©ment principal de la sculpture que j’étais en train de concevoir Ă©tait bel et bien une sorte de dildo XXL. Depuis cet embarrassant constat, je continue de dĂ©velopper mon prototype de colonne articulĂ©e, en travaillant notamment le cĂŽtĂ© théùtral de l’effondrement. Mais cette recherche est un chemin de croix. Je gosse ma colonne sous les quolibets gouailleurs des collĂšgues d’atelier et les sarcasmes beaucoup moins indulgents du surmoi intraitable qui m’épaule et pĂ©rore sans rĂ©pit.

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J’ai quelque peu hĂ©sitĂ© avant d’inclure cette rĂ©flexion dans mon feuilleton, mais j’aime les Ɠuvres qui ne font pas l’impasse sur les accidents qui surviennent au fil de leur production et amĂšnent la vie dans l’art. La vie invente de meilleures histoires que nous. Il faut savoir les accueillir, accepter les bifurcations qu’elles proposent. Je ne rejette pas l’évocation sexuelle dans mon travail d’artiste, mais j’ai cette rĂ©serve un peu vieux jeu de la prĂ©fĂ©rer dans l’implicite. Le sexe est une bordure, un halo qui se confond avec les autres forces du dĂ©sir. D’autres artistes que moi nĂ©gocient trĂšs bien la sortie de l’implicite et je n’ai rien contre la littĂ©ralitĂ© ni l’obscĂ©nitĂ© chez les autres, voire j’admire leur audace et leur inventivitĂ©. Mais chez moi, c’est plus compliquĂ©. La pudeur m’oblige. Je suis un peu coincĂ©. Dans l’histoire qui nous occupe, le caractĂšre phallique de la colonne ne m'avait bien sĂ»r pas Ă©chappĂ© mais je pensais que je pouvais laisser l’imagerie graveleuse de l’érection en arriĂšre-plan pour me concentrer sur la fiĂšvre du soulĂšvement et le reflux rĂ©actionnaire de sa restauration. À mes yeux, la question principale restait d’opposer le vandalisme Ă©mancipateur des Communards Ă  celui pervers et dissimulĂ© des Versaillais qui reboulonnĂšrent le dĂ©boulonnage. Or, voilĂ  que le boomerang rĂ©vĂ©lait son double tranchant. De quel obscur refoulement cet acte manquĂ© Ă©tait-il le nom ? À l’heure du facho triomphe des affreux mascus, quel immonde petit dĂ©mon s’échinait Ă  dĂ©zinguer la vertu de mes belles intentions ? 

(Ă  suivre)

FINAL3
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Bertrand Tillier, La disgrùce des statues. Essai sur les conflits de mémoire, de la Révolution française à Black Lives Matter, Paris, Payot & Rivage, 2022.
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AndrĂ© Gill, Vingt annĂ©es de Paris [1883], repris dans MĂ©moires et correspondance d’un caricaturiste, Ă©dition Ă©tablie par Bertrand Tillier, Seyssel, Champ Vallon, 2006, p. 312.
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Fils_du_P%C3%A8re_Duch%C3%AAne_illustr%C3%A9#/media/Fichier:PereDuchesneIllustre7_1_0.png
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Kristin Ross, « Le passé est imprévisible », Ballast, 3 novembre 2020, en ligne, https://www.revue-ballast.fr/kristin-ross-le-passe-est-imprevisible/.
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ÉlisĂ©e Reclus, Évolution et rĂ©volution, Paris, Le Passager clandestin, 2008 [1891], p. 268.
/06
Ludivine Bantigny, La Commune au présent. Une correspondance par-delà le temps, Paris, La Découverte, 2021, p. 190.
/07
Ibid., p. 190.

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