Shavasana au musée pour brebis égarées
Il est dĂ©sormais possible de faire du yoga au musĂ©e. De par le monde, des institutions artistiques aussi prestigieuses que le Louvre offrent en effet, depuis quelques annĂ©es, des « sĂ©ance[s] de relaxation » et dâĂ©veil sensoriel qui conjuguent « la pratique du yoga et la dĂ©couverte des oeuvres » en promettant aux usager·Úre·s un « moment de bien-ĂȘtre » unique, vĂ©cu dans un « lieu privilĂ©giĂ©
/01
/01
https://www.louvre.fr/expositions-et-evenements/visites-guidees/parcours-off-yoga.
». Selon le discours officiel vĂ©hiculĂ© par les diffĂ©rents musĂ©es qui participent Ă cette nouvelle tendance « art et mieux ĂȘtre
/02
/02
Ces musĂ©es sont trop nombreux pour que lâon puisse en fournir ici une liste, mĂȘme partielle.
» de la mĂ©diation, de telles activitĂ©s permettraient, entre autres, de dĂ©sintellectualiser lâexpĂ©rience esthĂ©tique, de renouer avec une forme refoulĂ©e de sensibilitĂ© et de se reconnecter avec la beautĂ©, tant intĂ©rieure quâextĂ©rieure, en favorisant la contemplation lente induite par le mouvement.
Ce type dâapproche se retrouve aussi de façon rĂ©pandue dans les institutions dâici, qui sont de plus en plus nombreuses Ă placer le « mieux-ĂȘtre » au cĆur de leur mission Ă©ducative. Câest le cas par exemple du MusĂ©e des beaux-arts de MontrĂ©al (MBAM), dont lâobjectif dâengagement social, tel quâĂ©noncĂ© sur son site Web, est de contribuer Ă amĂ©liorer lâĂ©tat de santĂ© globale des individus, jusquâĂ leur « procure[r] le sentiment de mener une vie plus satisfaisante et harmonieuse
/03
/03
Le MusĂ©e sâappuie sur une dĂ©finition gĂ©nĂ©rale du « mieux-ĂȘtre » pour mettre en valeur son programme : https://www.mbam.qc.ca/fr/education/mieux-etre/.
». Rien de moins, pense-t-on. Ainsi en est-il Ă©galement du MusĂ©e national des beaux-arts du QuĂ©bec (MNBAQ), qui propose notamment, dans le cadre de son programme « Lâart dâĂȘtre humain », lancĂ© en 2021, des ateliers de danse et de « musĂ©o-yoga » dans lesquels toute personne, sans discrimination, est invitĂ©e Ă expĂ©rimenter les oeuvres des collections du musĂ©e « à travers un corps et des sensations [âŠ] dĂ©clinĂ©e[s] en diffĂ©rentes sĂ©quences de yoga crĂ©atives
/04
/04
https://www.mnbaq.org/activite/museo-yoga-1255.
». FrĂŽlant parfois lâart-thĂ©rapie (lorsquâelles ne sây assimilent pas ouvertement), ces rĂ©centes initiatives musĂ©ales sâinscrivent plus gĂ©nĂ©ralement dans une perspective dâinclusion et dâaccessibilitĂ© fondĂ©e sur une conception non seulement plus dĂ©mocratique, mais thĂ©rapeutique de lâart â compris comme une chose destinĂ©e avant tout Ă Â (nous/se) faire du bien.Â
Exit le malaise, lâinconfort, la confrontation critique ; place Ă la mĂ©ditation, Ă la relaxation, Ă lâapaisement. Autrement dit, aller au musĂ©e ou visiter une exposition, ce nâest pas (ou plus) tant consentir Ă se laisser surprendre, bousculer ou dĂ©ranger, câest prendre soin de soi : voilĂ le message sous-jacent auquel on souhaite aujourdâhui nous faire adhĂ©rer.
Une nouvelle thérapie pastorale ?
Que cette mouvance se soit renforcĂ©e depuis la pandĂ©mie nâest pas Ă©tonnant si lâon considĂšre lâimportance centrale quâont prise la santĂ© (physique et mentale), lâhygiĂšne et lâhygiĂšne de vie dans la conscience collective, tout comme la nĂ©cessitĂ© de rĂ©investir les espaces culturels fragilisĂ©s par les confinements, et conçus comme des remĂšdes Ă lâisolement. Cela nâa, Ă premiĂšre vue, rien de problĂ©matique en soi. Au contraire, je suis convaincue comme plusieurs que lâart est bon pour la santĂ© â et mĂȘme essentiel Ă lâĂ©panouissement personnel et social. Nombre dâĂ©tudes lâattestent, dâailleurs. JâĂ©prouve pourtant une certaine gĂȘne Ă voir lâimpĂ©ratif contemporain du « bien-ĂȘtre » ainsi dĂ©placĂ© et intĂ©grĂ©, voire dĂ©chargĂ© dans la sphĂšre artistique, sans parvenir Ă nommer exactement ce qui, au-delĂ de leur rhĂ©torique naĂŻve et formatĂ©e, me dĂ©range autant dans de tels discours.
En fait, ce phĂ©nomĂšne me rappelle Ă©trangement, sous certains aspects, le « tournant pastoral » observĂ© vingt ans plus tĂŽt par Amar Lakel et Tristan TrĂ©meau au sein de lâart et des discours esthĂ©tiques contemporains
/05
/05
Amar Lakel et Tristan TrĂ©meau, « Le tournant pastoral de lâart contemporain », dans Lâart contemporain et son exposition, actes du colloque international, Centre Georges Pompidou, octobre 2002, Paris, LâHarmattan, 2007, p.101-123. Voir Ă©galement Tristan TrĂ©meau, « De quelques effets idĂ©ologiques. Le mythe phĂ©nomĂ©nologique de lâart », La Part de lâĆil, nos 21-22, 2006-2007, p. 147-165.
â mais actualisĂ© Ă la sauce « mieux-ĂȘtre », pour ainsi dire. Ciblant en particulier les dispositifs « relationnels » de mĂ©diation artistique promus par le critique dâart Nicolas Bourriaud Ă la fin des annĂ©es 1990 (tels la participation, lâinteraction, lâĂ©change et la rencontre)
/06
/06
Voir Nicolas Bourriaud, Esthétique relationnelle, Dijon, Les Presses du Réel, 1998.
, le diagnostic incisif de Lakel et TrĂ©meau mettait en lumiĂšre les effets idĂ©ologiques des techniques alors employĂ©es pour soutenir ce quâils percevaient comme un nouvel idĂ©al communautaire. Empreints dâune religiositĂ© latente, parfois mĂȘme explicite, ces dispositifs Ă©voquant les vieux modĂšles catholiques de la communion, de la confession et du tableau communautaire ont contribuĂ©, selon eux, Ă charger le champ artistique dâune mission « thĂ©rapeutique » de restauration du lien social appuyĂ©e par un discours selon lequel lâart est vouĂ© Ă rĂ©enchanter, en temps de crise, le quotidien de sujets aliĂ©nĂ©s et sĂ©parĂ©s les uns des autres, voire Ă les « sauver ». Cette forme attendue de « sauvetage » par lâexpĂ©rience esthĂ©tique a ainsi marquĂ© une transformation de la fonction mĂ©diatrice des institutions publiques dâexposition, dĂ©plaçant lâattention de la relation entre les spectateur·rice·s et les Ćuvres vers celle des spectateur·rice·s entre eux·elles, selon des modalitĂ©s que les auteurs qualifient de « pastorales » en rĂ©fĂ©rence au « pouvoir de soin » analysĂ© par Michel Foucault dans ses derniers Ă©crits. Pouvoir « bienfaisant » et « bienveillant », ni rĂ©pressif ni autoritaire, le « pouvoir pastoral » dont parle Foucault se distingue du « pouvoir politique Ă lâĆuvre au sein de lâĂtat » en ce quâil sâexerce de maniĂšre individualisante sur les comportements quotidiens, la vie et lâĂąme des sujets, traitĂ©s comme autant de brebis dont il faut sâoccuper, une Ă une et en tant que troupeau : « le rĂŽle [de ce pouvoir], explique le philosophe, est de veiller en permanence Ă la vie de tous et de chacun, de les aider, dâamĂ©liorer leur sort
/07
/07
Michel Foucault, « Omnes et singulatim : Vers une critique de la raison politique », Le Débat, 1986, vol. 4, n° 41, p. 7.
. » ConsidĂ©rĂ©e sous cet angle, la mission salvatrice assignĂ©e Ă lâart recoupe « une fonction de restauration de lâordre social par des techniques de subjectivation de soi
/08
/08
Amar Lakel et Tristan Trémeau, op. cit., p. 111.
», pour reprendre les mots justes de Lakel et Trémeau.
Bien que le contexte et les enjeux soient trĂšs diffĂ©rents aujourdâhui â alors que le rapport des sujets entre eux fait place Ă un rapport de soi Ă soi davantage conçu dans une logique dâautosoin â, lâespace artistique sâimpose encore comme le lieu dâune prise en charge collective dâexpĂ©riences individuelles, voire fortement individualisĂ©es, qui rĂ©pondent Ă lâinjonction morale et quasi religieuse de prendre soin de soi par de nouvelles « techniques de subjectivation ». On nâa dâailleurs quâĂ parcourir les nombreux programmes de « bien-ĂȘtre au musĂ©e » pour constater quâils sont souvent articulĂ©s dans un langage pĂ©tri de croyances spirituelles, comme en tĂ©moigne cette invitation du MNBAQ Ă combler son besoin de ressourcement « en savourant le pouvoir salvateur de lâimage pour nourrir son Ăąme et son ressenti [âŠ] pour sâapaiser, pour sâoffrir un moment de qualitĂ© Ă travers lâart » ; bref, pour vivre « une expĂ©rience transcendante
/09
/09
MNBAQ, « Des activitĂ©s mieux-ĂȘtre sâinscrivent au programme âLâart dâĂȘtre humainâ », en ligne, https://www.mnbaq.org/blogue/2021/04/26/en-hommage-a-francois-duchesne.
». ParallĂšlement Ă cette foisonnante offre de mĂ©diation culturelle â axĂ©e sur la nĂ©cessitĂ© de faire une pause et de penser Ă soi en goĂ»tant aux bienfaits physiques et psychologiques dâune visite au musĂ©e (on va donc au musĂ©e comme on irait au spa) â, plusieurs expositions sur le thĂšme de lâhygiĂšne de vie ont Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©es Ă MontrĂ©al et Ă QuĂ©bec en 2023-2024. Celles-ci Ă©clairent les soubassements idĂ©ologiques de cette conception renouvelĂ©e de lâart thĂ©rapeutique, tout en ouvrant un espace dâexpĂ©rience critique autrement salutaire aux corps et aux esprits que nous sommes.Â
Transcendance et résistance ritualisées
OrganisĂ©e par le MusĂ©e dâart contemporain de MontrĂ©al (MAC) durant ses travaux de rĂ©novation, la prĂ©sentation Ă la Fonderie Darling de lâĆuvre Phase Shifting Index (2020), de lâartiste vancouvĂ©rois Jeremy Shaw, met dâabord en relief le fantasme de transcendance qui sous-tend la ritualisation de certaines pratiques corporelles. Lâinstallation vidĂ©o immersive Ă sept canaux, que le MusĂ©e dĂ©crit comme une « rĂȘverie parascientifique exaltante », est composĂ©e de faux documents dâarchives montrant, en action, divers groupes de thĂ©rapie par le mouvement qui auraient existĂ© dans les annĂ©es 1950 Ă 1990, mais imaginĂ©s depuis un futur lointain. Cette fiction aux allures dâĂ©tude anthropologique est accompagnĂ©e dâune fascinante narration qui commente les rituels accomplis par ces groupes ainsi que les systĂšmes de croyances sur lesquels ils se fondent, en les situant « à une Ă©poque oĂč la science aurait Ă©lucidĂ© les mĂ©canismes de la foi sur le cerveau humain et oĂč les masses seraient devenues apathiques, consumĂ©es par leur addiction aux technologies
/10
/10
Résumé des films et de leur narration fourni par le MAC.
». Dâun Ă©cran Ă lâautre, lâĆuvre nous entraĂźne dans un enchaĂźnement frĂ©nĂ©tique de chorĂ©graphies et dâexercices aux allures spirituelles ou pseudoscientifiques, exĂ©cutĂ©s par des sujets dont les gestes, peu Ă peu, se synchronisent jusquâĂ se confondre en une mĂȘme « danse envoĂ»tante ». Le dispositif immersif de Phase Shifting Index a par ailleurs Ă©tĂ© conçu de maniĂšre Ă induire chez les spectateur·rice·s rassemblé·e·s dans lâespace un Ă©tat dâextase collective similaire Ă celui qui, Ă la fin, emporte tous les protagonistes des films. Et câest prĂ©cisĂ©ment lĂ , dans le dĂ©placement, lâorchestration, lâexacerbation et la spectacularisation dâun fantasme de communion par lâart â auquel je rĂ©siste, Ă lâinstar de Lakel et TrĂ©meau â, que lâexpĂ©rience de lâĆuvre de Jeremy Shaw achoppe pour moi. Sensation dĂ©sagrĂ©able dâĂȘtre amenĂ©e, telle une brebis Ă©garĂ©e, Ă gentiment rejoindre le troupeau, pour mon propre salut.

Je trouve en revanche un potentiel de rĂ©sistance critique dans trois propositions curatoriales qui, chacune Ă leur maniĂšre, revendiquent une prise en charge collective de lâexpĂ©rience somatique totalement dĂ©nuĂ©e de tonalitĂ©s pastorales ou dâaspiration Ă la transcendance. Toutes trois centrĂ©es sur la question du sommeil â composante essentielle de lâhygiĂšne de vie, sâil en est une â, les expositions InSomnolence, Les forces du sommeil : cohabitation des vivants et De la vie au lit se positionnent Ă lâencontre de lâimpĂ©ratif de productivitĂ© et de lâexploitation des corps qui dĂ©coule, entre autres, dâune surindividualisation des soins. La premiĂšre, commissariĂ©e par Marianne Cloutier, Aleksandra Kaminska et Alanna Thain, sâest tenue au CĆur des Sciences de lâUQAM Ă lâĂ©té 2023, au terme de deux annĂ©es de recherches menĂ©es dans le cadre du projet interdisciplinaire La sociabilitĂ© du sommeil. Renversant la conception gĂ©nĂ©ralement admise selon laquelle dormir serait une activitĂ© fonciĂšrement intime dont les dysfonctions devraient ĂȘtre traitĂ©es de maniĂšre individuelle â par lâadoption de bonnes habitudes, la mĂ©dication, le recours Ă des applications Web ou dâautres techniques personnalisĂ©es dâoptimisation â, ce projet proposait non seulement dâinterroger les phĂ©nomĂšnes sociaux dont ces soins participent, mais de dĂ©passer la rhĂ©torique thĂ©rapeutique pour considĂ©rer le sommeil comme « une pratique et un art en soi : un rituel permanent de recomposition de soi et du monde
/11
/11
Marianne Cloutier, Aleksandra Kaminska et Alanna Thain, « Bienvenue Ă Â InSomnolence », texte des commissaires reproduit dans le guide de lâexposition, p. 4.
».
Un renversement similaire anime le discours de la commissaire Sarah Heussaff, dont lâexposition De la vie au lit, prĂ©sentĂ©e lâhiver dernier Ă la Galerie de lâUQAM, visait Ă repolitiser lâexpĂ©rience de lâalitement telle que vĂ©cue, en particulier, par des corps non normatifs, malades ou handicapĂ©s. En rĂ©action aux attentes capacitistes et productivistes, qui privilĂ©gient plutĂŽt « les corps-esprits fĂ©conds, rĂ©guliers, debout et au travail », la commissaire souhaitait, Ă travers les Ćuvres et leur mĂ©diation, rendre partageable la rĂ©alitĂ© de ces existences « pour lesquelles le lit ne reprĂ©sente pas seulement un outil de (re)productivitĂ©, mais bien un lieu de quotidienneté ». « [O]n y mange, on y dort, on y vit nos loisirs ou, mĂȘme, on y travaille et on y crĂ©e. Le lit est aussi un espace de rencontres, en ligne et hors ligne, depuis lequel on communique en dehors et en dedans
/12
/12
Sarah Heussaff, « De la vie au lit », dans De la vie au lit, carnet no 44, MontrĂ©al, Galerie de lâUQAM, 2024, p. 2.
», explique Heussaff dans le texte de prĂ©sentation de lâexposition. Suivant cette approche, faire collectivement lâexpĂ©rience de lâalitement, tant dans lâespace de la galerie quâĂ lâextĂ©rieur de celle-ci, nâimplique pas de se laisser soigner, accompagner ou Ă©duquer sur un mode prĂ©tendument bienveillant, mais de dĂ©pathologiser une rĂ©alitĂ© stigmatisĂ©e pour redonner une agentivitĂ© politique aux personnes qui la vivent.
Au mĂȘme moment, Ă QuĂ©bec, se tenait la 11e édition de la Manif dâArt sur le thĂšme plus large des « forces du sommeil », qui liait le repos des individus Ă celui de la terre, et lâexploitation des corps Ă celle des ressources naturelles. DĂ©nonçant Ă©galement la maniĂšre dont le « monde contemporain cultive et exploite lâidĂ©ologie des troubles du sommeil
/13
/13
PrĂ©sentation de la thĂ©matique sur le site Web de la Manif dâart 11 â La biennale de QuĂ©bec : https://manifdart.org/manif-dart-11-biennale-quebec/biennale-forces-du-sommeil/.
» (tandis quâun nombre croissant de gens dorment dans la rue, nous rappelle-t-on avec justesse), la proposition de la commissaire Marie Muracciole misait sur lâexploration de rĂ©gimes dâattention, de situations dâĂ©veil, et de lieux de retranchement fĂ©conds dont le potentiel critique rĂ©side non seulement dans le dĂ©veloppement dâune meilleure connaissance de soi, mais dans lâinteraction avec dâautres formes de vie. Ă cet Ă©gard, le discours de cette biennale, comme celui des expositions mentionnĂ©es prĂ©cĂ©demment, contournait habilement la rhĂ©torique idĂ©ologique du bien-ĂȘtre pour faire de la « pause » non pas un moment de relaxation ou de ressourcement personnel mĂ©diatisĂ© par lâinstitution, comprise comme instance de pouvoir thĂ©rapeutique, mais une forme active de rĂ©sistance aux injonctions capitalistes.
Cette concentration dâexpositions traitant du sommeil (plutĂŽt que dâautres aspects de lâhygiĂšne de vie, comme lâalimentation ou lâactivitĂ© physique) me paraĂźt finalement symptomatique dâun refus productif des discours et dispositifs de mĂ©diation imprĂ©gnĂ©s de « santĂ©isme », cette religion du bien-ĂȘtre dont les musĂ©es seraient devenus aujourdâhui les nouveaux temples. Car on peut trĂšs bien aller se relaxer devant des Ćuvres en pratiquant sa salutation au soleil, mais on peut aussi choisir dâautres modalitĂ©s de soin artistique, lesquelles peuvent sâavĂ©rer intellectuellement, politiquement, personnellement et socialement plus vivifiantes, dĂšs lors quâon refuse activement de sâendormir en troupeau.
