Patrick Beaulieu : faire l'expérience du mouvement

Dans les œuvres de Patrick Beaulieu, la matière première — celle qui les compose, celle qui les déclenche — est mise à l’épreuve. Il s’agit toujours de reconstruire un état de la matière, de mettre en scène un phénomène naturel, de suspendre ou de provoquer un mouvement. La nature, la circulation et les déplacements : l’essence de sa pratique se trouve dans les dialogues entre ces concepts qui font ricochet d’un projet à l’autre, de même que dans la notion de frontière qu’il semble toujours traverser (littéralement, dans Transfriable et dans sa Trilogie d’odyssées transfrontières, ou conceptuellement, dans son travail en galerie où la ligne entre l’existence et la disparition est perméable).Que ce soit par l’utilisation des matériaux, par la transposition de certains éléments dans l’espace d’exposition, ou encore par des déplacements sur le territoire, la pratique de Patrick Beaulieu s’ancre dans un rapport à la nature. Il ne s’agit pas de la réduire à cette simple équation, mais de constater que, toujours, il est question de redonner vie à la matière inerte ou de faire l’expérience d’une géographie.

 

(Ré)animer la matière

Déjà, en 2004, avec la série Effrite­ments présentée au centre d’exposition Circa à Montréal, il anime des branches d’arbres et des racines auxquelles il impose un mouvement giratoire. Les éléments disposés sur des tiges sont rattachés à un moteur qui les fait tourner. Celles-ci bougent si rapidement que les sculptures cinétiques deviennent, pour le regard, semblables à des images de synthèse. Au mur, des photographies qui ont capté ces mouvements, des formes abstraites qui, même si elles sont figées, évoquent leurs propres rotations autour d’un axe. La matière s’anime, mais ce n’est pas son mouvement naturel qui est reproduit, plutôt son potentiel évocateur et sa capacité à se transformer. Ainsi, plus les végétaux tournent, plus ils s’effritent, se fragilisent. Le son des branches qui se meuvent et heurtent des capteurs est amplifié par des enceintes. La matière est renvoyée à sa propre perte ; l’image de la matière animée se fixe pour s’éteindre éventuellement, le son concrétise cette proche disparition.